| Derniers articles |
|---|
|
| Dernières Mises à jour | ||||||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
|
| Souvenirs de la Fête du Train - Arc-et-Senans - Congrès FFMF (juin 1989) |
|
C’était il y a vingt ans. La Fête du Train s’est déroulée à Arc-et-Senans début juin 1989. Sa préparation et son exécution ont représenté plus de deux ans de travail. Les résultats ont dépassé toutes nos espérances et cette manifestation a marqué un tournant dans l’évolution du modélisme ferroviaire et France.
Eric,sur le réseau Gare de Dole Revenons en 1987. A cette époque, chaque année, les huit clubs de la région de Franche-Comté se réunissaient autour d’un bon repas pour échanger des idées, nouer des contacts et prévoir des actions communes. L’idée me trottait dans la tête depuis plusieurs mois : chaque club ayant reproduit une portion du réseau régional, pourquoi ne pas tout assembler pour reproduire la carte ferroviaire de la Franche-Comté ?
Entre la poire et le fromage, je lançai l’idée qui fut bien accueillie par l’ensemble des clubs. Outre le CFFC, il y avait RM 25 de Besançon, Lédo-Rail de Lons-le-Saunier, les clubs de Belfort et Montbéliard, et les deux clubs scolaires de Pontarlier et Audincourt. Evidemment, je devais me charger de construire le projet et de trouver un site d’exposition. Il nous fallait une immense salle, des salles annexes pour différents exposants et les activités du 36ème Congrès de la FFMF. Le seul site prestigieux à la hauteur de cet évènement était la Saline Royale d’Arc et Senans. Cet ensemble architectural classé au patrimoine mondial, accueillant des congrès internationaux de haut niveau, des concerts lors du festival de musique de Besançon, me semblait être le lieu idéal.
Après avoir constitué un dossier (pas d’informatique personnelle à cette époque, c’était la machine à écrire, les ciseaux, la colle et les photocopies) je téléphonai à la Saline : « pourrais-je avoir un entretien avec le directeur ?
Je fus mis en relation avec une dame qui me laissa débiter l’essentiel du projet et m’accorda un rendez-vous. Rasé de frais, blazer et cravate, souliers cirés et un peu angoissé, je me présentai à la directrice du Département Rencontre. L’accueil fut sympathique et le projet bien apprécié. La Saline avait un grand rayonnement international mais un faible impact local. La Fête du Ciel, manifestation grand public, n’avait plus lieu. Notre Fête du Train tombait à pic !
Quelques temps plus tard, une lettre nous informa que notre manifestation pourrait de dérouler début juin 1989. Les modalités restaient à définir. Le point le plus important étant acquis, il nous fallait établir le plan du réseau en fonction de la salle principale (80 m de long, 30m de large), trouver des financements et des aides de toutes sortes.
J’ai pris mon bâton de pèlerin pour tirer les sonnettes du Conseil Général, des différentes mairies, de la SNCF à Dijon et Besançon : comment pouvaient-ils nous aider ? Les uns nous accordaient quelques modestes subventions (versées après la manifestation), les autres nous fournissaient des prestations gratuites. La Ville de Dole nous a prêté gratuitement des stands et des barrières, SNCF marchandises a mis à notre disposition un wagon couvert pour déplacer le matériel de Pontarlier à Arc-et-Senans ainsi que deux camions pour les transports depuis Belfort, Montbéliard et Besançon. La direction de Dijon a organisé une exposition de matériel en gare de Mouchard et autorisé des navettes gratuites avec le Picasso des ABFC entre cette gare et Arc-et-Senans. La collaboration de l’ex chef de gare de Mouchard, maire de la petite cité, désormais en poste à Dijon, a été déterminante.
Nous avons obtenu l’accord de la FFMF pour l’organisation du Congrès et nous nous sommes rendus à Paris, gare de Nord, où se tenait une petite exposition et un congrès improvisé rassemblant peu de monde. Nous avons fait le tour des exposants pour présenter le projet et distribuer des prospectus. J’ai fait cette démarche auprès du responsable de Märklin France. Me toisant de haut, l’air suffisant, il me laissa débiter mon couplet. Lorsque que je lui expliquai que nous allions réunir le plus grand réseau modulaire (140 modules, plus de 200 m de long) il me coupa en me disant : « quelle surface ?
Après cette réplique, il me tourna le dos pour se diriger vers un client dont l’aspect extérieur faisait plus sérieux. Märklin n’était pas à la Fête du Train ce qui n’a pas gâché la réussite de notre entreprise.
Après deux ans de préparation, au rythme d’une réunion mensuelle, le projet prit sa forme définitive. L’élaboration du plan d’implantation a été le point le plus délicat car il fallait disposer les 17 gares dans leurs positions géographiques, prévoir des raquettes pour que l’exploitation puisse continuer même si une partie du réseau était en panne, définir le géométrie de modules de raccordement et s’assurer de la continuité de l’alimentation électrique bien que chaque club restait chargé du fonctionnement de sa partie. Ensuite, il a fallu définir les trains pouvant circuler sur le réseau. Il était INTERDIT de faire rouler autre chose que des convois fréquentant la Franche-Comté. Nous avions même prévu deux périodes : vapeur et contemporaine. La période vapeur se déroulait le matin et l’après-midi était réservé aux trains modernes. Cette consigne a été assez bien respectée.
Dans les activités du congrès, nous avions prévu une rencontre avec le PDG de Jouef et une visite de l’usine de Champagnole. Le premier contact téléphonique avec la personne chargée des relations extérieures a été très peu encourageant : « nous organisons une grande manifestation et le congrès de la FFMF. Nous présenterons le plus grand réseau modulaire jamais assemblé.
Heureusement nous n’en avons rien fait et grâce à des contacts sur place, nous avons pu obtenir une rencontre entre le PDG et les congressistes, la visite des ateliers de Champagnole réservée aux congressistes, le prêt de vitrines et quelques boîtes complètes pour distribuer aux visiteurs gagnants d’une loterie. Pendant l’exposition, cette jeune femme vint me voir et s’excusa : elle ne croyait pas que cela serait aussi important. Pourtant le répliquai-je, tout était dans le dossier. Toute contrite, elle me laissa un catalogue !
Deux mois avant l’expo, le CFFC s’installa dans la salle Berthet à Pontarlier pour monter son réseau comportant la toute nouvelle gare de Dole plus celles de Boujailles, Pont d’Héry, Frasne et Arc et Senans. Les gares de Pontarlier et des Bayards (Suisse) provenaient du club du Lycée de Pontarlier. Une semaine avant le montage, un wagon couvert nous attendait à coté de la salle. Nous y avons soigneusement rangé nos modules et mis un gros cadenas. Les préparatifs allaient bon train chez nos collègues des autres clubs.
Tout est arrivé sur place dans la journée du jeudi. Le montage a commencé aussitôt en suivant scrupuleusement le plan. L’électricien de la Saline venu surveiller notre installation émit quelques critiques. Notre responsable, cadre EDF, prit les choses en main. Il ouvrit un boîtier de connexion et fit remarquer qu’il n’était pas conforme. Le technicien fit demi-tour ! Nous ne l’avons plus revu. Le montage du réseau n’était pas terminé à 19 h. Nous avions encore tout le vendredi. Les tests commencèrent le vendredi après-midi. Sur notre partie, deux fils avaient été inversés. Le courant de détection en 24 V passait dans la voie. Une machine posée sur un module partit comme un flèche, décolla au premier virage et fit un joli vol plané jusqu’au sol. Plus de peur que de mal ; en plus c’était une locomotive suisse qui n’avait normalement pas l’autorisation de circuler.
En fin d’après-midi, FR3 vint faire un excellent reportage qui passa le samedi à une heure de grande écoute. Les journaux avaient largement annoncé l’évènement. Hormis une gare dont les responsables étaient partis se coucher avant qu’elle ne fonctionne correctement, plus de cinquante personnes restèrent fort tard pour tout mettre au point.
En plus du grand réseau, il y avait des commerçants et artisans, les revues spécialisées, des réseaux annexes, des stands de produits régionaux et deux salles réservées aux congressistes. Nous occupions la totalité de l’espace disponible dans la Saline. Plus de 120 personnes membres des clubs, épouses et amis étaient au planning.
Dès l’ouverture à 10 h le samedi matin, la foule des visiteurs attendait devant l’entrée. La billetterie était organisée par la Saline. Les responsables avaient prévu 5000 billets spéciaux pour ces journées et le directeur, optimiste, espérait au moins en vendre 3000. L’entrée était gratuite pour les enfants. Nous étions déjà à 4000 entrées le samedi soir. Le dimanche en début d’après-midi, toutes les réserves de billets étaient épuisées et il fallut en faire avec une photocopieuse qui… tomba en panne. Les dames de la billetterie, durent utiliser des tampons encreurs pour marquer les poignets des visiteurs.
Des voitures étaient garées à plus d’un kilomètre et la queue devant l’entrée dépassait 200 m. Devant cette affluence, les gendarmes d’Arc-et-Senans demandèrent des renforts à la brigade de Besançon. Nous avions réussi à déplacer près de 12000 personnes ! La grande salle d’exposition était comble à tel point qu’il nous fallut ouvrir toutes les portes pour assurer la sécurité et le renouvellement d’air. Le réseau fonctionnait à merveille et un train envoyé le samedi ne revint que le dimanche en fin d’après midi. Il avait parcouru près de 500 m et traversé une douzaine de gares.
La gare de Mouchard était envahie par les visiteurs. Le Picasso des ABFC fit beaucoup plus de navettes que prévu. Il ne fut pas rare que 120 personnes s’y entassent, le double de la capacité normale. Devant tant d’affluence, les cheminots avaient accepté que ces visiteurs puissent prendre gratuitement tous les trains circulant entre Mouchard et Arc-et-Senans, y compris les TGV qui dut marquer l’arrêt dans cette petite gare !
Cette réussite collective nous a laissé épuisés mais surtout ébahis par l’ampleur de l’évènement. Nous étions largement payés de nos deux années de travail et la réputation des clubs francs-comtois se trouvait assurée. Nous avions créé une association regroupant tous les clubs. Après avoir réglé tous les frais, il nous restait 43 000 f. Lors de la dissolution de notre association provisoire, nous ne pouvions nous partager cette somme. Il avait été décidé de faire une bonne action en la remettant aux responsables régionaux de la lutte contre la myopathie ce qui fut fait quelques mois plus tard en présence de la presse régionale.
La Gare de Besancon Viotte du RM 25
Une telle opération ne serait plus possible aujourd’hui. Les espaces libres de la Saline sont occupés par des expositions tournantes et l’agencement intérieur découpé en plusieurs salles. L’importante participation de la SNCF et les accords « à l’amiable » ne pourraient pas être reconduits. Des clubs ont disparu, les organisateurs ont vieilli. Ceux qui restent encore s’orientent vers des expositions de moins grande envergure, mieux adaptées aux contraintes d’aujourd’hui. Mais le souvenir de cette formidable aventure n’est pas près de s’effacer.
Jean CUYNET |
|
| Dernière mise à jour : ( 06-07-2010 ) |